Il y a des soirs où l'on ouvre le frigo, on regarde la boîte de pois chiches posée là depuis dix jours, et on se dit que la soirée va encore finir en pâtes au beurre. C'est exactement dans ce moment-là qu'un curry de pois chiches et épinards entre en scène. Vingt-cinq minutes, une poêle, quatre ingrédients qui traînent dans tous les placards un peu sérieux. Et un résultat qui a l'air d'avoir mijoté deux heures.
Franchement, je cuisine cette recette depuis assez longtemps pour avoir raté toutes les versions possibles : le curry trop liquide, le curry qui colle au fond, les épinards réduits à une purée grise parce que je les avais jetés trop tôt. Ce qui suit, c'est la version que je fais maintenant les yeux fermés, avec les détails qui changent vraiment quelque chose.
Points clés à retenir
- Comptez 10 minutes de préparation et 20 minutes de cuisson : le plat est prêt en une demi-heure, riz compris si vous lancez tout en parallèle.
- Les épinards frais et surgelés ne se comportent pas pareil dans la poêle : 300 g de frais contre 200 g de surgelés, et le moment d'incorporation change.
- Le lait de coco en brique standard contient souvent des épaississants : une brique de lait de coco entier donne une sauce nettement plus soyeuse.
- Le plat se congèle très bien, à condition de sous-cuire légèrement les épinards avant congélation.
- Le curry est meilleur réchauffé le lendemain : les épices ont eu le temps de s'ouvrir.
- Sans lait de coco, on peut faire une version tomate-coco réduite ou une version à la crème de cajou, mais jamais de l'eau seule.
Un curry de pois chiches et épinards vraiment facile, ou juste rapide à lire ?
Le mot "facile" est partout sur les recettes. Il ne veut souvent rien dire. Alors soyons précis : cette recette est facile au sens où elle pardonne les erreurs. On peut oublier l'ail. On peut mettre trop de curry. On peut laisser mijoter cinq minutes de plus. Ça marche quand même.
Pourquoi cette recette pardonne autant
Trois raisons mécaniques, pas magiques.
- Les pois chiches en conserve sont déjà cuits : on ne les cuit pas, on les réchauffe dans une sauce qui les enrobe. Pas de risque de pois durs.
- Les épinards fondent en quelques secondes. Ils n'ont pas de fenêtre de cuisson critique.
- Le lait de coco apporte du gras et du sucre naturel : la sauce tient toute seule, même si on rate le dosage des épices.
Le seul vrai piège ? La réduction. Une sauce qui n'a pas assez réduit reste aqueuse et les pois chiches flottent dedans comme des bouées. J'ai mangé ce curry-là au moins quatre fois avant de comprendre qu'il fallait laisser la poêle à découvert plus longtemps.
La liste, sans blabla
Pour deux personnes avec des restes, ou trois personnes raisonnables :
- 1 grosse boîte de pois chiches (environ 400 g égouttés)
- 300 g d'épinards frais, ou 200 g de surgelés en branches
- 1 oignon jaune
- 2 gousses d'ail
- 200 ml de lait de coco entier
- 1 cuillère à soupe de concentré de tomate
- 1 cuillère à café de curry en poudre (plus si vous aimez)
- 1/2 cuillère à café de curcuma
- Sel, un peu d'huile
Rien d'exotique. C'est justement pour ça que je la fais si souvent.
La cuisson, étape par étape, avec les moments où l'on rate
Je vais détailler, parce que la plupart des recettes en ligne passent en trois lignes ce qui prend en réalité un peu de jugement.
Étape 1 : la base aromatique
Oignon émincé fin dans un filet d'huile, feu moyen. Pas fort. Un oignon qui brunit trop vite donne un goût amer qui remonte dans toute la sauce. Comptez cinq à six minutes, jusqu'à ce qu'il devienne translucide et commence à dorer sur les bords.
L'ail arrive après, écrasé, trente secondes seulement. L'ail brûlé, c'est irrécupérable. Et là, surprise : c'est souvent à cette seconde précise que les gens perdent leur curry.
Étape 2 : les épices, et pourquoi l'ordre compte
Curry et curcuma directement dans la poêle, sur l'oignon chaud, avant tout liquide. On remue une minute. Ça sent fort, presque trop. C'est normal : c'est là que les épices libèrent leurs arômes dans le gras, ce qu'elles ne feront jamais correctement si on les jette dans une sauce déjà liquide.
Le concentré de tomate vient juste après, une cuillère, et on le laisse "pincer" trente secondes. Il fonce, il épaissit, il donne au plat sa couleur rouge-brique typique.
Étape 3 : le lait de coco et les pois chiches
Lait de coco versé d'un coup, on gratte le fond de la poêle avec la cuillère pour décoller tout ce qui a attaché. Pois chiches rincés et égouttés, puis dans la sauce. Sel.
Et là, on baisse le feu et on laisse dix à douze minutes à découvert. C'est le moment le plus important, et c'est celui que tout le monde saute. La sauce doit réduire d'environ un tiers. Pas besoin de minuteur précis : quand vous tracez un sillon avec la cuillère et que la sauce met deux secondes à se refermer, c'est bon.
Étape 4 : les épinards, en dernier
Feu éteint ou au minimum. On ajoute les épinards par poignées, on remue. Ils tombent en trente secondes s'ils sont frais. On couvre deux minutes, le temps que tout soit fondu, et on sert.
Une erreur que j'ai faite longtemps : laisser les épinards cuire dix minutes "pour être sûr". Résultat, une texture de bouillie vert foncé et une couleur qui rappelle vaguement un étang. Les épinards n'ont pas besoin de cuire, ils ont besoin de tomber.
Épinards frais ou surgelés : le vrai comparatif
Les avis divergent partout sur ce point. Voici ce que j'ai constaté en testant les deux sur la même base, une semaine d'écart.
| Critère | Épinards frais | Épinards surgelés en branches |
|---|---|---|
| Quantité nécessaire | 300 g | 200 g |
| Temps d'incorporation | 30 secondes | 3 à 4 minutes |
| Texture finale | Feuilles entières, mâche encore présente | Plus fondant, presque compoté |
| Eau rendue | Très peu | Beaucoup : il faut réduire plus longtemps |
| Prix indicatif | Plus cher hors saison | Nettement moins cher |
Mon verdict, et j'assume : les frais gagnent sur la texture, les surgelés gagnent sur le quotidien. En semaine, je prends les surgelés sans culpabiliser. Le week-end, quand j'ai le temps, les frais. Mais il faut savoir une chose que personne ne dit : avec des surgelés, la sauce va rendre de l'eau. Il faut soit prolonger la réduction de cinq minutes avant de les ajouter, soit les décongeler et les égoutter à part.
Variantes : sans lait de coco, sans tomate, à la tomate justement
Une recette qui ne supporte aucune modification n'est pas une recette facile, c'est une notice de montage. Celle-ci se plie à pas mal de contraintes.
Version tomate-coco
Remplacez le concentré par 200 g de pulpe de tomate, ajoutée avec le lait de coco. Résultat : un plat plus acidulé, plus proche d'un curry du sud de l'Inde. J'aime beaucoup en été. En hiver, la version concentré a ma préférence, elle est plus ronde.
Sans lait de coco
Deux options qui tiennent la route. La première : de la crème de cajou (une poignée de noix de cajou mixées avec un peu d'eau chaude). La seconde : un yaourt de coco ou de soja, ajouté hors du feu pour qu'il ne tranche pas. Ne remplacez jamais par de l'eau. Vous obtiendrez des pois chiches dans un bouillon triste.
Épinards en branches ou en pousses
Les pousses de bébé épinard n'ont presque pas de goût une fois cuites. Elles sont parfaites crues en salade, moins ici. Pour cette recette, les branches, plus fermes, tiennent mieux. Si vous n'avez que des pousses, doublez la quantité et ajoutez-les à la toute fin, hors du feu.
Conservation, congélation, et le lendemain
C'est le gros angle mort de toutes les recettes que j'ai lues. On vous dit "se congèle très bien" en une ligne et on vous laisse vous débrouiller.
Combien de temps ça se garde
- Au réfrigérateur, dans une boîte fermée : trois à quatre jours. Au-delà, les épinards commencent à sentir le soufre.
- Au congélateur : jusqu'à deux mois sans perte notable de goût.
Comment congeler sans ruiner la texture
Le secret : sous-cuire légèrement les épinards avant de congeler. Congelez le curry quand les feuilles viennent tout juste de tomber, pas après cinq minutes de plus. À la décongélation, elles finiront de cuire et garderont une texture correcte.
Réchauffage : à la poêle, feu doux, avec une cuillère d'eau pour détendre la sauce. Au micro-ondes, ça marche aussi mais la sauce se sépare parfois. Un tour de cuillère et c'est réglé.
Le lendemain, c'est meilleur
Ce n'est pas une légende. Les épices ont eu douze heures pour infuser, la sauce a épaissi, les pois chiches ont absorbé du liquide. J'ai servi ce plat le jour même et le lendemain à des amis, sans leur dire que c'était le même. Deux personnes sur trois ont préféré la version réchauffée.
Ce que ça donne dans l'assiette, en vrai
On voit partout que c'est "protéiné" ou "léger" sans un seul chiffre. Voici des ordres de grandeur, à la louche, pour une portion avec un peu de riz.
- Une portion de curry seul apporte environ 350 à 400 kcal, selon la quantité de lait de coco.
- Les pois chiches apportent des protéines végétales et surtout des fibres : c'est ce qui cale, bien plus que le gras du coco.
- Le riz basmati ajoute environ 200 kcal par portion de 150 g cuit.
- Coût par portion, en France métropolitaine : entre 1,20 € et 1,80 € selon que vous prenez des épinards frais ou surgelés et du lait de coco basique ou entier.
Pour un plat végétarien complet, c'est difficile de faire moins cher sans tomber dans le riz-lentilles systématique.
Les questions qu'on me pose à chaque fois
Est-ce que ça marche au Thermomix ?
Oui, avec des ajustements. Le souci du Thermomix, c'est qu'il brasse et chauffe en même temps : vos épinards seront hachés menu plutôt qu'en feuilles. Si ça ne vous dérange pas, versez oignon et ail, mixez cinq secondes, puis faites revenir dix minutes à vitesse douce. Ajoutez les épices, les pois chiches et le lait de coco, puis cuisez quinze minutes à 100 °C. Les épinards en dernier, trois minutes à vitesse inverse. Ce ne sera pas identique à la version poêle, mais c'est très correct.
Et sans tomate du tout ?
Possible, mais le plat devient plus plat en bouche. La tomate apporte de l'acidité qui réveille le gras du coco. Sans elle, compensez avec un filet de citron en fin de cuisson, et n'hésitez pas à forcer un peu sur le curry.
Quelles épices si je n'ai pas de curry en poudre ?
Un mélange maison fait très bien l'affaire : cumin, coriandre moulue, une pointe de paprika, un peu de garam masala si vous en avez. Le curcuma reste indispensable pour la couleur. Attention, il tache les spatules en bois de manière définitive, je l'apprends encore à mes dépens.
Et pour un régime sans allergènes courants ?
La recette est déjà sans gluten, sans œuf, sans produits laitiers si vous utilisez du lait de coco. Le seul point de vigilance concerne les pois chiches eux-mêmes, qui font partie des légumineuses à surveiller en cas d'allergie. Pour une version plus légère en matières grasses, réduisez le lait de coco à 150 ml et complétez avec un peu de bouillon de légumes.
Il y a quelque chose de rassurant dans ce plat. Pas parce qu'il est bon pour la planète, ni parce qu'il coche des cases nutritionnelles. Parce qu'il tient quand on n'a rien préparé, rien anticipé, et qu'on ouvre quand même le frigo avec l'envie de faire autre chose que réchauffer. La prochaine fois que la boîte de pois chiches vous regarde depuis l'étagère, vous saurez quoi en faire. Et si vous laissez la sauce réduire cinq minutes de trop, ce sera encore meilleur.